Les paramètres mentionnés jusque-là, c’est-à-dire :
- L’espèce botanique exacte avec genre (Lavandula), épithète (intermedia) et variété (abrialis) de la plante aromatique,
- Son origine géographique (biotope et génotype)
- Son Stade de Développement ou Organe Distillé (SD/DO)
- Son mode de culture ou de récolte (moins important que les autres)
- déterminent la composition biochimique de l’essence au sein de la plante, et donc de l’Huile Essentielle extraite, dont dépendent en partie ses propriétés. Cette composition est résumée par la Spécificité Biochimique qui vous permet de savoir ce que vous achetez comme Huile Essentielle.






Exemple : Le Thymus vulgaris SD/DO Parties aériennes fleuries
Son Huile Essentielle peut avoir plusieurs Spécificités Biochimiques (BS) en fonction :

- du Biotope dans lequel le Thymus vulgaris évolue
- de son Génotype qui est l’héritage génétique d’une espèce. Dans la nature, les paramètres se conjuguent et leur interdépendance n’est pas linéaire
- de son stade de développement (SD/DO)
- évidemment de la qualité de son extraction, comme on vous l’explique dans le Tuto sur la distillation, nous vous invitons à le visionner, c’est ludique et instructif.
Ces Spécificités Biochimiques peuvent être à thymol, à linalol, à citronnellol, à géraniol, à thuyanol ou autres. Chacune possède des propriétés particulières, la plus anti-infectieuse étant la BS thymol et la plus intéressante pour les enfants est la BS à linalol.


Sur une étiquette, il n’est mentionné que les molécules majoritaires de chaque Spécificité Biochimique mais il y en a d’autres. Dans le cas du Thymus vulgaris, les cinq molécules déterminant la Spécificité Biochimique, comprenez par là : Thymus vulgaris à thymol, Thymus vulgaris à linalol, Thymus vulgarisà citronnellol, Thymus vulgaris à géraniol, Thymus vulgaris à thuyanol, se retrouvent dans des proportions variées dans l’ensemble de ses Huiles Essentielles. Le Thymus vulgaris BS thymol, par exemple, contient un peu de linalol, de géraniol, de thuyanol et de citronnellol.
N’oubliez pas qu’il existe des espèces de Thymus autres que le vulgaris (Thymus mastichina, Thymus satureioides, Thymus sigys, Thymus serpyllum…)





Le moyen de connaître la nature et la proportion des composants d’une Huile Essentielle est l’analyse par chromatographie en phase gazeuse couplée à un spectromètre de masse (GC-MS) et un détecteur à ionisation de flamme (FID), ce sont des méthodes d’analyses connues et qui ne concernent pas uniquement les Huiles Essentielles.
En étant soumise à ce type d’analyse, chaque Huile Essentielle présente un profil de composition moléculaire caractéristique qui permet de définir sa « Spécificité Biochimique ». Évidemment, d’année en année, une Huile Essentielle de Rosmarinus officinalis, de Thymus vulgaris ou de Melaleuca alternifolia n’aura pas un profil chromatographique identique. Sa composition biochimique révèlera quelques nuances. La nature est vivante, variable, et les plantes aromatiques sont sujettes à de normales et naturelles fluctuations.
Qu’est-ce que la Chromatographie en phase gazeuse (GC/MS) ?
La G.C. (Gaz Chromatography) est une technique de séparation des substances volatiles réalisée sur une colonne capillaire.
La séparation est basée sur la différence de coefficient de partage des molécules à séparer existant entre un gaz (phase mobile) et un solide poreux (phase stationnaire).
La M.S. (Mass Spectrometry) est une technique d’identification des molécules.
Les molécules bombardées par des électrons 70 eV, sont ionisées puis fragmentées. L’appareil mesure le rapport de la masse sur la charge des ions formés m/Z puis quantifie ces différents ions.
Il donne un spectre de masse caractéristique de la molécule (carte d’identité).






Qu’est-ce qu’une analyse FID ?
(Flame Ionisation Detector) Le détecteur à ionisation de flamme (FID).
L'utilisation d'un détecteur à ionisation de flamme (FID) est une technique analytique courante utilisée dans divers secteurs, notamment de la pétrochimie, de la pharmaceutique et du gaz naturel pour analyser les composés organiques à base de carbone.
Plutôt que vous retransmettre ce que vous pouvez trouver sur le Net, nous vous transmettons l’explication du chimiste québécois Alexis St-Gelais, de Phytochemia, qui a le mérite d’être fort claire.
Le FID est l’un des détecteurs au fonctionnement le plus simple en chimie organique. Il repose sur une flamme générée par la combustion d’un flux d’hydrogène mêlé à de l’air ultra-pur. Le gaz porteur qui sort de la colonne capillaire passe à travers cette flamme. Lorsqu’une molécule organique portée par le gaz atteint la flamme, elle est oxydée et génère des ions chargés électriquement. Des électrodes près de la flamme mesurent en temps réel le courant électrique ainsi généré, qui est reporté sur un graphique appelé chromatogramme.






Le détecteur FID a un autre avantage utile pour l’analyse des huiles essentielles. Plus une molécule est abondante, plus elle génère de fragments. Le signal électrique enregistré est donc relativement proportionnel à la concentration du composé dans l’échantillon de départ. On considère donc, par convention, que le total du courant électrique enregistré (l’ensemble des pics du chromatogramme) correspond au total des molécules de l’huile essentielle. La proportion que chaque pic représente sur ce total est donc l’estimation de la concentration de la molécule correspondante dans l’échantillon. C’est pourquoi les rapports font toujours référence à des pourcentages.
Avec son Equipe de pharmaciens, biochimistes et biologistes, Philippe Mailhebiau a analysé en 40 ans des dizaines de milliers d’Huiles Essentielles. Sa banque de données lui a permis d’établir les Spécificités Biochimiques de la plupart d’entre elles. Il en reste toujours à découvrir, même si elles ne sont pas toujours utiles en Aromathérapie.
Résumons-nous : la Spécificité Biochimique mentionnée sur les flacons d’Huiles Essentielles est une image volontairement restreinte de sa composition moléculaire ; elle indique ses deux ou trois composants majoritaires suivis éventuellement d’un composant minoritaire particulier, comme les diones par exemple dans l'Helichysum italicumd’origine Corse.
Nous recommandons toutefois que soient mentionnés les pourcentages de ces composants. Cela a un coût d’étiquetage puisque chaque lot est différent, mais c’est ainsi que vous êtes objectivement informés ce que contient votre flacon d'Huile essentielle.
En voici deux exemples sur la base de la Menthe poivrée :

Lorsque le pourcentage des composants n’est pas précisé, la Spécificité Biochimique de l’Huile Essentielle n’est indiquée qu’en partie car le rapport entre le menthol (famille des monoterpénols) et la menthone (famille des cétones) est variable.
Ces deux Huiles Essentielles de Mentha piperita n’ont pas les mêmes propriétés et la deuxième, plus riche en menthone (cétone), est d’un usage plus délicat que la première et doit être réservée aux adultes.

Exemple 1 :
Mentha piperita
SD/DO plante fleurie
0
menthol
0
menthone
0
acétate de menthyle
Exemple 2 :
Mentha piperita
SD/DO plante fleurie
0
menthol
0
menthone
0
acétate de menthyle





Voici un autre exemple explicatif, Aromanet a analysé des Huiles Essentielles d’Helichrysum italicum (Hélichryse) mentionnant sur le flacon « acétate de néryle, diones ». Le taux de diones est important car cette molécule est hémostatique, propriété pour laquelle cette Huile Essentielle est précieuse en Aromathérapie. Une Hélichryse de Corse ou d’origine balkanique en contient entre 7 et 12%. Celle de Corse est exceptionnelle.
À l’analyse, l’Huile Essentielle d’Helichrysum italicum d’une société française d’aromathérapie réputée pour sa qualité, contenait moins de 1% de diones. Cette molécule était présente mais de façon insignifiante. La mention Diones dans la Spécificité Biochimique apparaît donc abusive concernant cette Huile Essentielle d’Helichrysum italicum.