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Le mode de culture et le contrôle des pesticides (6)

Certaines précisions sont nécessaires car pour les plantes aromatiques comme pour l’alimentation, le mode de culture influence la qualité du produit final.

Les critères EOBBD Quality-Assurance demandent que soit mentionné le type de culture ou de récolte de la plante aromatique d’où est extraite l’essence ; à défaut, il s’agit de mode de culture conventionnel.

Peut être précisée sur l’étiquette d’un flacon d’Huile Essentielle la mention « Plante Sauvage » ; il s’agit d’un produit rare, extrait d’espèces ayant poussé dans leur biotope naturel. Les conditions de propriété et de droits d’utilisation de la flore dans les régions de cueillette ou de coupe étant en général contrôlées, les cueilleurs s’astreignent à des prélèvements difficiles et veillent généralement à ne pas mettre en danger l’équilibre naturel ni la survie des espèces. Ils restent également attentifs à l’absence de sources d’émissions polluantes dans la région.

Ces Huiles Essentielles, si elles ont été distillées convenablement (une bonne matière première ne suffit pas à la qualité du produit), sont remarquables de finesse et leur qualité justifie leur prix souvent fort élevé.

Vous trouverez également dans le commerce des Huiles Essentielles dites « biologiques ». Mais qu’en est-il, exactement, du « BIO » pour l’Aromathérapie ? Cela se justifie-t-il ou est-ce avant tout un argument marketing ?

Personnellement, je consomme le plus possible de produits bio dans mon alimentation, d’une part parce que je fais attention à ma santé, d’autre part parce que je suis gourmand ; généralement, les fruits et légumes bio sont meilleurs que les produits traités. Toutefois, dans la pratique, je me sers souvent sur de petits marchés locaux et si la mamie qui me vend ses aubergines et sa coriandre ne peut mettre un label bio dessus, celles-ci ne sont en général pas ou peu traitées et leur goût est excellent. Sinon je vais ailleurs. Mais en ce qui concerne les Huiles Essentielles, je ne fais pas du « label Bio » une priorité.

Note :

Pourquoi  le « label Bio » n’est pas une priorité en Aromathérapie :

  1. Les labels sont issus d’organismes qui ne s’occupent que de la manière dont la plante a été cultivée. Ils ne sont donc pas habilités à juger de la qualité de son Huile Essentielle. Une plante, aussi « bio » soit-elle, ne peut donner qu’une essence de mauvaise qualité si ce n’est pas le bon moment de récolte, si l’organe producteur n’est pas à son top ou si elle est mal distillée.
  2. Les labels de cultures biologiques ne peuvent offrir de garantie concernant l’absence de pesticides dans une Huile Essentielle, d’une part en raison d’éventuelles pollutions atmosphériques ou de proximité et, d’autre part, parce que les lots d’essences « bio » ne sont pas soumis à des contrôles systématiques. Seul peut être garanti le mode de culture de la plante aromatique. La conformité aux exigences Bio est donc une obligation de moyens, non de résultats.
  3. J’ai fait analyser des essences « bio » qui contenaient plus de résidus de pesticides que d’autres sans mention. Je m’appuie sur les travaux de biochimistes (laboratoires indépendants) dont la spécialité est d’analyser la composition des HE par GC/MS et de vérifier l’absence de pesticides et autres substances indésirables par d’autres systèmes d’analyse.
  4. Les Huiles Essentielles dont je fais l’expertise pour différents laboratoires proviennent de plus de 40 pays ; je connais bon nombre de producteurs qui font un excellent travail, dont les distillations sont bien menées sur la base de matières premières aromatiques soit sauvages, soit semi-sauvages, soit cultivées de matière cohérente, généralement sans produits chimiques ; toutefois ces paysans et distillateurs n’ont ni les moyens ni les connaissances requises pour se conformer aux exigences d’organismes certificateurs occidentaux pour des consommateurs occidentaux. Leur coût de production est déjà trop important pour qu’ils se surchargent d’agréments dont ils ne perçoivent pas l’intérêt. Leurs produits sont naturellement « bio », même s’ils n’ont pas le droit de le préciser du fait que ce terme est légiféré.

En clair, la démarche « bio » est saine à la base, l’expression d’une volonté de bien faire mais, se fixant comme seul objectif le contrôle du mode de culture de la plante, elle ne peut assurer la qualité du produit final, l’Huile Essentielle. Le Bio est nécessaire pour la Phytothérapie qui emploie la plante de manière substantielle, mais est relatif, même superflu, pour l’Aromathérapie qui utilise des micro-doses d’extraits de la plante.

Pour ceux qui veulent absolument du bio, je recommande qu’en complément ou à la place d’une estampille « bio » aléatoire, soit faite une recherche des résidus de pesticides organochlorés, organophosphorés, pyréthrinoïdes de synthèse et dithiocarbamates sur les lots d’Huile Essentielle, selon les normes de la pharmacopée européenne. Ce n’est qu’à cette condition que se justifie la mention « Pesticide Free », qui se trouve alors sur le flacon. L’entreprise qui commercialise de telles Huiles Essentielles doit bien sûr pouvoir présenter les analyses confirmant cette allégation. Certains laboratoires me demandent de leur sélectionner des HE « pesticide free », je le fais et leur recommande tel ou tel approvisionnement uniquement si la composition biochimique de l’HE est conforme à ce que nous pouvons en attendre au niveau aromathérapie.

IMPORTANT et de bon sens : Ne faisons pas du BIO comme du « pesticide free » des exigences de première importance dans la qualité des Huiles Essentielles. Il peut se trouver des micro-traces de substances chimiques non aromatiques, mais c’est insignifiant. Les doses ingérées sont infimes et cela n’a pas d’incidence sur l’organisme. Une ou deux gouttes d’Huile Essentielle extraite d’une plante cultivée de manière conventionnelle contiendront beaucoup moins de substances nocives que la laitue, le biscuit ou la conserve des circuits conventionnels de l’agro-alimentaires. Soyons raisonnables ; le Bio c’est bien, c’est nécessaire dans notre alimentation, mais n’oublions pas que nous nous intoxiquons davantage en marchant dans une grande ville ou en mangeant une pizza industrielle qu’en ingérant deux gouttes d’huile essentielle non bio.

En résumé :
  1. Une Huile Essentielle sur l’étiquette de laquelle rien n’est mentionné est issue d’une plante cultivée de manière conventionnelle.
  2. Une Huile Essentielle mentionnant le type de culture ou de récolte (sauvage ou bio) relève d’une démarche de qualité mais la conformité bio reste une obligation de moyens et non de résultats, ce qui rend son utilité très relative. Une plante aromatique cueillie au bon moment et distillée parfaitement donnera une bien meilleure Huile Essentielle qu’une plante bio dont le stade végétatif n’est pas à son optimum et dont l’extraction de l’essence n’est pas optimale.
  3. Une Huile Essentielle affichant « Pesticide Free », ce que je recommande pour rassurer le consommateur inquiet plus que par absolue nécessité, provient d’un laboratoire qui a fait analyser ses lots avant de la mettre en vente et qui constate que son produit est conforme aux normes de la pharmacopée européenne concernant certains résidus possibles.

 

Quatrième étape d’une étiquette correctement établie :

Melaleuca quinquenervia
NIAOULI –
Inde
sauvage – Pesticide Free