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Une plante aromatique dégage-t-elle toujours la même odeur ?

Non. La fragrance d’une plante aromatique dépend de la composition de l’essence contenue au sein de ses tissus ; celle-ci est une substance instable. Elle se modifie selon :

  • le stade végétatif de la plante, c’est-à-dire sa croissance, la maturité florale, l’apparition de fruits, etc.
  • son génotype, c’est-à-dire son patrimoine génétique
  • le biotope, c’est-à-dire le milieu biologique déterminé offrant à un certain nombre d’espèces des conditions environnementales particulières
  • les variations des conditions météorologiques.

Ces paramètres ont leur importance et il s’agit, à l’heure de l’extraction de l’essence, d’avoir les conditions optimales pour une parfaite composition chimique. (Avant 9 h du matin pour la rose, après au minimum trois jours d’ensoleillement pour la sauge sclarée, avant la floraison pour la mélisse, etc.).

L’odeur courante du thym (Thymus vulgaris) provient essentiellement d’une molécule appelée thymol, un phénol. Avant que le thymol n’apparaisse, une molécule terpénique est présente, le paracymène, précurseur du thymol. Au printemps et en été, le paracymène se transforme en partie en phénol, la famille biochimique à laquelle appartient le thymol. Si l’on distille le thym au début de sa croissance ou juste après l’hiver, on obtient une Huile Essentielle qui n’a pas le parfum typique de la plante que nous connaissons car elle est alors principalement constituée de paracymène. Par contre, lorsque le thym se développe jusqu’à floraison, le paracymène a eu le temps de se transformer en thymol, et l’essence dégage son odeur bien connue.

Mais ce n’est pas si simple car la nature aime la diversité ! Ainsi existe-t-il des thyms qui exhalent d’autres fragrances.

Selon son génotype, le Thymus vulgaris, comme d’autres plantes aromatiques, produit dans ses tissus des essences différentes* ; l’une peut être fortement phénolée (riche en thymol comme vu précédemment, ou en carvacrol, un autre phénol), d’autres, dotées d’une faible teneur en thymol – plus ou moins 2% -, se retrouvent soit riches en linalol dont l’odeur rappelle la note florale et épicée des graines de coriandre et du bois de rose, soit en thuyanol, d’une fragrance plus boisée et terreuse, soit en géraniol, parfum fleuri de rose nuancé de musc, ou en citronnellol, parfum citronné et légèrement fétide caractéristique de ce monoterpénol.

Alors qu’il s’agit de la même espèce botanique – Thymus vulgaris L. -, plusieurs essences de composition spécifique peuvent être produites dans ses tissus.

*Les premières découvertes sur les variations de composition de l’essence de thym furent faites au début des années 70 par une équipe de la Faculté de Pharmacie de Montpellier sous la direction du professeur Pellecuer.

Note :

C’est au 19ème siècle que les recherches en biochimie ont permis d’établir que les Huiles Essentielles étaient constituées de molécules aromatiques isolables. Aujourd’hui, des systèmes d’analyses poussés et de plus en plus précis, telles les chromatographies en phase gazeuse couplées à un spectromètre de masse – GC/MS – dotées de banques de données régulièrement mises à jour, permettent d’identifier la plupart de ces molécules dont le nombre comme la nature varient selon l’espèce distillée ; la Gaultheria procumbens (le Wintergreen), par exemple, est constituée presque exclusivement d’un ester, le salicylate de méthyle, alors qu’un Eucalyptus globulus contient plus de quatre-vingts composants différents.

Le parfum des essences extraites d’une même espèce définie peut être différent d’un lot à un autre. Comme expliqué, cela dépend du génotype, du biotope dans lequel la plante a poussé et de son stade végétatif au moment de l’extraction. Cette différence de fragrance s’explique par une composition biochimique spécifique (ce que montrent les analyses GC/MS) qui implique, par conséquent, des propriétés thérapeutiques également spécifiques.

Note :
  • Les molécules aromatiques sont classées par Familles Biochimiques (phénols, cétones, aldéhydes, etc.). Leurs propriétés, indications et toxicité éventuelle seront développées ultérierement
  • Le fait de connaître la composition chimique des HE ne signifie pas que leurs propriétés soient totalement maîtrisées ; la biochimie est très complexe et l’action thérapeutique des HE va au-delà du simple cumul de telle ou telle molécule.
  • Les propriétés d’une Huile Essentielle ne sont pas forcément celles de la plante aromatique dont elle est issue ; la plante possède d’autres molécules que celles de son essence, et celle-ci, une fois extraite, est une entité à part qui a sa propre identité médicinale.