Peut-on absorber les Huiles Essentielles de manière indistincte, les respirer, les avaler ou les employer en massage ?

Philippe MailhebiauQuestions pratiques

modes-absorption-huiles-essentielles
Peut-on absorber les Huiles Essentielles de manière indistincte, les respirer, les avaler ou les employer en massage ?

Non. Il y a quatre façons d’utiliser les Huiles Essentielles :

  1. par la voie cutanée : massages, friction, réflexologie…
  2. par la voie orale : prise d’Huiles Essentielles ou de complexes aromathérapeutiques sous forme de comprimés, sirop, gouttes…
  3. par la voie atmosphérique : respiration à l’aide d’un inhalateur ou d’un diffuseur…
  4. par la voie rectale : suppositoires sous prescription médicale ou recommandation d’un pharmacien.

Selon la pathologie ou simplement le soin recherché, une ou plusieurs de ces voies d’absorption sont recommandées et d’autres non.

Par exemple, si vous souffrez d’une douleur rhumatismale :

  • deux gouttes d’Huile Essentielle anti-inflammatoire (Ocimum basilicum – Basilic tropical-, Helichrysum italicum – Hélichryse –, Citrus aurantium feuilles – Oranger feuilles, Petits-grains bigarade) par voie orale ne vous seront que d’un faible secours pour un effet antalgique immédiat, bien qu’elles soient nécessaires pour un traitement de terrain.
  • Si vous voulez être soulagé(e) rapidement, la friction cutanée s’impose avec une synergie d’Huiles Essentielles spécifiques (Gaultheria procumbens -Wintergreen-, Rosmarinus officinalis BS borneone –Romarin à camphre, Lavandula intermedia –Lavandin-, Cinnamomum camphora -Ravintsara).

Pour un trouble gastrique en raison d’une mauvaise digestion :

  • une inhalation a peu d’effet,
  • une friction du ventre est agréable et plus appropriée (Lavandula angustifolia –lavande officinale-, Salvia officinalis -sauge officinale-)
  • mais la prise par voie orale s’impose (Mentha piperita -Menthe poivrée-, Anethum graveolens –Aneth-, Ocimum basilicum -Basilic tropical-, Laurus nobilis –Laurier-).
Mon conseil :

certaines voies d’absorption sont néfastes pour quelques Huiles Essentielles en raison de leur composition biochimique ; une Huile Essentielle à phénol, par exemple, (Origanum compactum, Thymus mastichina,…) ne s’utilise pas sur la peau (ou extrêmement diluée, vous verrez cela dans les Monographies) ni par voie atmosphérique. D’autres, hépato ou neurotoxiques, ne s’emploient pas par voie orale (Artemisia sieberi – l’Armoise herbe blanche-, très riche en thuyones par exemple).

Suivez les conseils que je vous donne et vous ne vous tromperez pas.

Regardons ensemble les quatre voies d’absorption.
De nombreuses Huiles Essentielles peuvent être employées pures sur la peau à la condition d’être d’une qualité irréprochable ; vous lirez plus loin les critères de la EOBBD Quality-Assurance, c’est indispensable.

Toutefois, même de parfaite qualité, certaines essences ne doivent pas être utilisées sur la peau car leur composition biochimique les rend irritantes ou allergènes, en premier lieu celles contenant des phénols. Attention également à celles riches en monoterpènes dermocaustiques (certains Pinus), d’autres sont photosensibilisantes (Citrus bergamia…– la Bergamote-), ou bien colorent la peau, tel le Curcuma longa (le Curcuma) qui vous fera passer pour un mandarin hépatique, ou la Matricaria recutita (la Camomille matricaire) pour un schtroumpf qui a le blues.

Mon conseil :

en règle générale et par précaution, pour la voie cutanée, utilisez les Huiles Essentielles diluées dans une base d’huile végétale (noisette, amande, macadamia…) ou dans une synergie d’alcool et d’huile sèche, dans une proportion relativement faible, 3 à 5% en moyenne ; celle-ci peut descendre entre 0,2 et 0,5 % dans des crèmes et soins du visage ou monter à 20 % dans une lotion antigrippale.

Reportez-vous aux Monographies avant de vous frictionner avec une Huile Essentielle ; ne vous fiez pas aux différentes recettes que vous trouvez dans des articles de magazines souvent rédigés par des personnes animées de bonnes intentions mais non spécialistes en la matière.

Beaucoup d’Huiles Essentielles sont ingérables (je me répète mais là encore, une qualité irréprochable n’est pas une option mais une obligation), d’autres sont toxiques au niveau digestif ou neurovégétatif. Les Monographies de chaque Huile Essentielle vous éclairent sur ce sujet.

L’idéal est de les prendre incorporées à des gélules fabriquées par un pharmacien ou un laboratoire (parfois sous la forme de soft-gel-caps *) mais, dans la pratique familiale, un quart de morceau de sucre fait l’affaire. Ne vous bloquez pas si vous êtes féru de diététique, un petit morceau de sucre ne fait de mal à personne, sauf à être diabétique au point d’uriner du caramel.

Une autre solution, la dilution dans de l’alcool alimentaire végétal (éthanol) ; 5% d’HE, 95% d’alcool. Remuez (les HE sont solubles dans l’alcool), réservez. Lors de la prise de votre traitement, versez 20 gouttes de la préparation dans un demi-verre d’eau, remuez avec une cuillère et buvez. Les préparations vont du délicieux au carrément mauvais, cela dépend des HE ou de la composition de la synergie aromathérapeutique. Il faut par contre ingérer sitôt la solution émulsionnée à la cuillère sinon il y a séparation rapide de l’HE de la partie aqueuse.

Les surdoses peuvent être néfastes à la santé ; 2 ou 3 gouttes s’avèrent déjà efficaces et il n’est pas nécessaire d’aller au-delà de 9 gouttes par jour (3 gouttes 3 fois par jour), sauf dans des cas spécifiques (une infection par exemple), mais pour lesquels il est préférable de s’adresser à un aromathérapeute ; celui-ci établira une prescription pouvant aller jusqu’à 15 gouttes ou plus à prendre quotidiennement pendant un laps de temps déterminé, en préparation magistrale réalisée par un pharmacien sous une forme galénique appropriée (gélules gastro-résistantes par ex). (Infos pratiques en fin de chapitre).

Nous pouvons prendre des HE ou synergies d’HE avant, après ou en dehors des repas, selon ce qui nous convient le mieux. Certaines personnes n’aiment pas les possibles éructations aromatiques que cela peut provoquer ; la prise avant les repas résout le problème.

Des formules simples avec posologies vous seront indiquées dans la Nouvelle Aromathérapie.

Mon conseil :

concernant les enfants, ne leur donnez pas d’Huile Essentielle par voie orale avant l’âge de cinq ans. Soyez prudents ; n’employez que des Huiles Essentielles à l’innocuité avérée (2 gouttes de Citrus limon (Citron zeste) par exemple, une goutte d’Origanum majorana (Marjolaine) ou de Rosmarinus officinalis BS 1,8 cinéole (Romarin). Les Huiles Essentielles ont un pouvoir d’action rapide et réel, mais n’oubliez pas que leur naturalité n’est pas synonyme d’innocuité. Ceux qui disent le contraire ne vous rendent pas service.

Note :

En plus de 30 ans de recherche et d’utilisation des Huiles Essentielles, d’enseignement, de créations de formules pour différents laboratoires, il m’est arrivé de connaître quelques échecs mais jamais je n’ai eu à déplorer d’accident. Nombreux sont ceux qui, parmi les centaines de médecins, pharmaciens et thérapeutes que j’ai formés à l’Aromathérapie, m’ont demandé conseil pour leurs prescriptions, parfois pour des cas complexes réclamant d’aller puiser dans l’arsenal aromathérapeutique des solutions allant au-delà des remèdes entérinés. Dans des cas extrêmes, nous avons employé des HE phénolées pour des enfants de quelques mois (en suppositoires), des doses élevées de Lavandula angustifolia pure par voie cutanée pour des grands brûlés, et même prescrit des traitements à base de Salvia officinalis, pourtant abortive si incontrôlée, à des femmes enceintes qui allaient perdre leur enfant et dont les saignements abondants et l’utérus fragile leur imposaient de rester alitées durant toute leur grossesse ; non seulement les enfants sont nés à terme mais elles ont pu vaquer à leurs occupations sans dommage pour le fœtus. Mes expériences de contre-emploi des indications des essences sont nombreuses mais elles sont logiques et peu risquées lorsque l’on connaît et maîtrise leur mode d’action, contrôlé par l’emploi d’essences complémentaires qui diminuent leur possible toxicité. Cela relève d’une pratique médicale* et je ne conseille pas à un particulier, ni même un thérapeute non formé à l’Aromathérapie par de sérieuses écoles, de se risquer à ne pas respecter ce qui est enseigné dans cet ouvrage.

* Raison pour laquelle je ne « prescris » pas mais travaille avec des médecins ayant ce droit et la compétence pointue du diagnostic. Je conseille, le thérapeute prescrit. Ceci pour éviter toute mauvaise interprétation de mes propos et écrits.

Substances aromatiques volatiles, les Huiles Essentielles s’accommodent fort bien d’une diffusion atmosphérique qui, pour certaines, est la voie de prédilection. Utilisez à cet effet un diffuseur d’essences ; il en existe plusieurs sur le marché, les meilleurs étant ceux qui micronisent l’essence par ultra-sons afin qu’elle se répande dans l’air ambiant. Evitez les lampes qui chauffent les essences, à moins que vous ne recherchiez que l’effet parfumant, car ces objets à vocation ludique et esthétique ne les diffusent pas dans l’atmosphère mais exhalent seulement un peu de leur fragrance en les brûlant*.

Il y a aussi l’emploi de sprays assainissants atmosphérique et bactéricides. Mais attention à certains de ces produits commerciaux, voir article comparatif : xxxxxxxxx (lien). (infos pratiques en fin de chapitre).

Prenez garde à ne pas saturer l’air en recourant de manière excessive à votre diffuseur car cela peut provoquer des irritations respiratoires ou oculaires.

Comme pour les autres voies d’absorption, toutes les Huiles Essentielles ne sont pas diffusables ; celles riches en phénols – encore elles – (Thymus vulgaris (le Thym), Satureja montana…(la Sariette) sont à éviter car elles sont irritantes. Par contre, les Huiles Essentielles à monoterpènes (genre Pinus et Citrus par exemple) sont d’excellents antiseptiques atmosphériques. Les précautions sont les mêmes pour les inhalations : pas d’essence à phénols, quelques gouttes suffisent, attention aux yeux !

Privilégiez les bois, les feuilles, les fleurs et les zestes, selon vos goûts ou les effets thérapeutiques que vous recherchez : Eucalyptus radiata (moins entêtant, plus léger que l’E. globulus), Cinnamomum camphora (ravensare), Abies sibirica (le Sapin de Sibérie) pour des problèmes respiratoires ou pour freiner les pulsions tabagiques de vos convives, Lavandula angustifolia (la Lavande officinale), Chamaemelum nobile (la Camomille romaine), en mettre très peu, et Citrus reticulata (la Mandarine) pour le sommeil des enfants, etc.

Vous trouvez des formules simples et délicieuses dans le chapitre « Formules plaisir et santé » et dans les monographies des Huiles Essentielles.

Mon conseil : si vous voulez vous essayer à l’art de la composition, vérifiez d’abord l’harmonie du mélange sur une « touche à sentir », petit buvard long qu’utilisent les parfumeurs (à défaut, sur un mouchoir en papier). Le bon sens convie également à éviter la diffusion de certaines essences à l’odeur trop culinaire, telles le basilic, la carotte, la livèche, etc. à moins que vous ne souhaitiez que votre salon sente la soupe provençale !

Soyez créatifs mais n’employez pas trop d’Huiles Essentielles différentes, les complexes peuvent rapidement être entêtants.

Les sprays assainissants avec une quarantaine d’huiles essentielles sont une incongruité de formulation. On ne peut pas contrôler les interactions de centaines de molécules ; qui plus est, ces sprays contiendraient des essences dont la présence ne peut qu’étonner, vu leur prix à la production (Lippia citrodora – la Verveine-, Melissa officinalis la Mélisse-, environ 3000 euros le kg). Elle sont de surcroit inutiles car sans propriété anti-infectieuse. Le marketing a ses raisons que l’aromatologie (l’étude des molécules aromatiques) ne saurai soutenir. Il n’est pas étonnant que l’odeur de tels sprays soit si peu agréable ; aucun parfumeur ou aromatologue ne mélange autant de substances aromatiques dont certaines sont carrément en opposition olfactive. Enfin, la notice de ces produits commerciaux le précise, ils ne peuvent pas être employés sur la peau ni être ingérés, alors que le produit diffusé dans l’atmosphère retombe sur les aliments, brosses à dents, etc.

Il existe heureusement des sprays assainissants que l’on peut utiliser sur la peau, et dont l’ingestion a été démontrée comme non dangereuse. (infos pratiques en fin de chapitre).

Cela relève de la prescription médicale ou du conseil d’un pharmacien ; il ne s’agit pas d’automédication car les suppositoires doivent être préparés dans une pharmacie. La voie rectale est fort intéressante en Aromathérapie car elle permet une absorption rapide des Huiles Essentielles et accroît l’efficacité du traitement en raison de la perméabilité des veines du rectum. Pour les enfants, les suppositoires sont préférables à la prise par voie buccale, également pour les personnes sujettes aux reflux gastriques ou souffrant d’une hyper-fragilité des muqueuses digestives.

Il y a, depuis quelque temps, une polémique concernant l’usage des HE en suppositoires car des personnes incompétentes en ont fait mauvais usage et ont ouvert la brèche à des règles répressives en Europe ; toutefois, je conseille aux médecins aromathérapeutes de ne pas priver leurs patients de cette remarquable galénique.

Mon conseil : conscient des nombreux soucis que pose un enfant souvent enrhumé ou toussoteux, je vous indique dans le chapitre « Formules par pathologies » des formules de base très efficaces et qui sont utilisées par de nombreux médecins qui ont suivi mes cours. Vous pouvez en parler à votre médecin ou faire faire les suppositoires par votre pharmacien (s’il dispose du matériel nécessaire pour préparations magistrales et se fournit en Huiles Essentielles garanties EOBBD*) en lui indiquant les maux dont souffre votre enfant. Conservez-en au réfrigérateur une boîte à titre préventif, surtout en période hivernale.

* voir les critères d’identification des HE et l’assurance qualité EOBBD.